« A Lionel, Claude et Daniel. »" Ces prénoms sentent le réchauffé, surtout quand on sait l’état dans lequel la France s’est trouvée après leur départ. Faute aussi à la pernicieuse cohabitation qui ne peut qu’engendrer l’immobilisme. Mais fidélité oblige, et c’est une vertu rare en politique.
«Le libéralisme est à la liberté ce que la république est à la démocratie, une forme supérieure d’évolution. Je suis libéral. La droite d’aujourd’hui ne l’est pas. La gauche doit se réapproprier, avec fierté, et le mot et la chose. … Si les socialistes du XXIe siècle acceptent enfin pleinement le libéralisme, s’ils ne tiennent plus les termes de "concurrence" ou de "compétition" pour des gros mots, c’est tout l’humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique.»
Il poursuit : "Si les socialistes du XXIe siècle acceptent enfin le libéralisme, s'ils ne tiennent plus les termes de concurrence ou de 'compétition' pour des gros mots, c'est tout l'humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique." Et il conclut : "Certains, à l'intérieur même du PS d'aujourd'hui, n'accepteront peut-être pas cette révolution de pensée… Qu'ils proposent des solutions, et l'on choisira car il faut choisir : la synthèse est morte."
« Pour gagner, il faut être crédible. » Sur l'immigration : "la frontière ne doit pas être une passoire" , l'autorité : " il y a un problème d'autorité en France", la sécurité : "je ne suis pas hostile aux centres éducatifs fermés".
"Manager socialiste", est son leitmotiv. Et il revient souvent sur ses capacités comme maire de Paris pour ce qui concerne l'urbanisme, le logement, la circulation, la fiscalité locale…
Il ne néglige pas les "étranges défaites" de la gauche. Notamment en blâmant le côté « irrationnel » de l’autocrate du Poitou.
C’est plus un répertoire du passé qu’un programme d’avenir.
Son devenir au PS : : «Réélu maire de Paris, j’honorerai totalement le mandat confié par le suffrage universel.» … «Et si je dois, en plus, investir des convictions, de l’énergie pour mon pays, par ma famille politique, la gauche, ses valeurs, dans le travail à effectuer pour la rendre plus forte, plus crédible, portant mieux encore son goût de l’œuvre collective, je n’hésiterai pas. Je le ferai. Avec enthousiasme et conviction. Avec beaucoup d’autres. A la place où la démocratie et les socialistes décideront que je dois donner et agir.»
Sur l’échec de Ségolène Royal : «Je ne suis pas là pour régler des comptes», affirme-t-il. « Il aimait la perspective qu’une femme devienne présidente de la République». Son projet «n’a été ni bien identifié ni suffisamment crédible». S’y ajoute «le manque de clarté, de cohérence. Et l’absence d’une démarche adaptée sur la durée». Et il critique la démocratie participative de l’autocrate du Poitou. «Le PS n’était pas bien préparé intellectuellement. Son projet n’avait pas de relief, même si on y trouvait d’excellentes choses… Dans les années qui ont précédé 2007, notre travail intellectuel a été insuffisant. Sans doute notre courage aussi.»
Sur l’alliance avec Bayrou : «On pouvait s’adresser aux électeurs de Bayrou du premier tour, montrer dans la transparence, lors du débat, les points d’accord et de désaccord. Mais renverser les alliances, c’est autre chose… Est-ce bien sérieux de concevoir une alliance allant du centre à l’extrême gauche ? C’est sympathique. Mais il faut un minimum de cohérence.»
Sur l’art de gouverner : «Nous sommes une gauche de gouvernement. Nous devons réfléchir à notre manière de gouverner et, donc, à notre manière de gérer l’Etat. C’est un défi majeur pour la gauche, peut-être le principal… Nous devons être des managers. Des managers du changement, de la réforme du dialogue social, des managers de l’espoir. Mais des managers.»
Sur Nicolas Sarkozy : Sur le chef de l’Etat, Bertrand Delanoë se montre, évidemment critique, même «s’il ne lui est pas du tout antipathique»...«Quant au sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture…, il est profondément antilibéral... Sarkozy n’est pas libéral, il est conservateur. Il l’a prouvé à plusieurs reprises : étatiste, protectionniste, il impose à tous les échelons l’omniprésence d’un Etat que, dans le même temps, il désarme.»
Ce livre a le mérite d’exister et Bertrand Delanoë de vouloir participer à une révolution tranquille du PS. Souhaitons qu’il soit entendu ainsi que d'autres réformateurs comme Manuel Valls.
(1) Editions Robert Laffont, 298 pages, 20 euros.