Les réactions aux divers événements qui ont pigmenté ce début d’été me font penser aux bancs de sardines.
C’est marrant, les bancs de sardines : Tout le groupe se précipite, si j’ose dire, « comme un seul homme » dans un sens et puis, tout à coup et très brutalement, tout le banc se dirige vers une autre direction…
Venons-en aux faits.
Nous avions, avec l’affaire Woerth/Bettencourt un feuilleton de l’été absolument magnifique. Tout y était : le pouvoir, l’argent, les compromissions, les fraudes au fisc, la Suisse, les îles paradisiaques, des ministres, des journalistes, une vieille dame richissime que sa fille veut faire passer pour gâteuse, un gigolo qui lui a piqué 993 millions d’euros, des enveloppes qui circulent lors de dîners mondains, la comptable et ses petits carnets, Chantilly et les chevaux de course…., bref, il ne manquait qu’une dose de sexe.
(Mais cela va peut-être venir si DSK et Zaïa sont mis en cause, ne perdons pas espoir.)
Seulement voilà, cela commençait à bien faire : le banc de sardines grossissait, grossissait, la menace se faisait de plus en plus pressante, il devenait urgent de lancer le banc de sardines dans une autre direction…
Et voilà qu’une gendarmerie est mise à sac par des bandits.
Quelle aubaine et quel beau coup de com à faire !
Aussitôt notre « bien mal aimé » Président réagit avec une magnifique maestria en annonçant une réunion de crise sur les « gens du voyage » et, tel un ex-journaliste blogueur bien connu à Louviers, mélange délibérément choux et carottes en mettant dans le même sac de braves Français dont le mode de vie est différent des autres et des « ressortissants » étrangers dont personne ne veut dans l’Union Européenne !
Amalgame honteux ! Stigmatisation ! Atteintes aux droits de l’homme !
Les cris d’orfraies jaillissent de partout !
Les voleurs de poules deviennent même des sortes de demi-dieux de l’Egypte ancienne !
Mais c’est gagné !
Tout le banc de sardines s’est détourné !
Soyons un instant sérieux sur ce sujet délicat.
On trouve d’un côté des Français comme vous et moi. Une petite partie d’entre eux n’est pas sédentaire.
Un député du nom de Besson (pas le même que le félon ex socialiste, rassurez-vous) a établi une loi (et même deux) qui prévoit de façon très précise les obligations des communes de plus de 5 000 habitants en matière d’aménagement d’aires d’accueil (d’ailleurs financées non par les communes, mais par l’état).
Cette loi n’est, semble-t-il, appliquée qu’à 42%.
Alors, on a deux hypothèses : ou la loi est mauvaise et il faut alors la changer, ou la loi est bonne et il faut alors la faire appliquer…de gré ou de force.
En outre, depuis les lois sur la sécurité Sarkozy 1 et 2 (c’est amusant on pourrait dire Rambo 1 et Rambo 2), on dispose de toute la panoplie de mesures nécessaires en matière d’expulsions des « campements sauvages » (la loi permet même de saisir les véhicules dans ces camps illicites).
Et d’ailleurs il est procédé à de nombreuses expulsions chaque année.
En synthèse, nous avons donc là un sujet Franco/Français, avec des lois qui existent mais ne sont pas ou sont mal appliquées, avec une « communauté » connue, structurée et qui doit être respectée pour ce qu’elle est.
Si les lois sont inadaptées : discutons et changeons-les.
La question des Roms est radicalement différente.
Ce n’est pas d’un problème Franco/Français qu’il s’agit, mais d’un problème Européen.
Ces gens sont de nationalité Bulgare et Roumaine et personne n’en veut en Europe, il faut le dire.
Voici ce que disent les autorités bulgares à propos des dernières mesures prises par la France (source lemonde.fr)
LA ROUMANIE ET LA BULGARIE APPORTENT LEUR SOUTIEN À PARIS
"La Bulgarie et la Roumanie font des efforts conjoints pour rapatrier les Roms qui ont enfreint la loi en France", a déclaré aux journalistes le ministre de l'intérieur bulgare, Tsvetan Tsvetanov.
"Par principe nous partageons l'idée que tous les citoyens doivent respecter la loi du pays dans lequel ils habitent", a ajouté la porte-parole du ministère bulgare des affaires étrangères, Vessela Cherneva.
Le gouvernement français s'est également adjugé le "soutien inconditionnel" du parti bulgare Euroroma, représentant la communauté rom, qui a salué l'action de Nicolas Sarkozy dans un communiqué adressé à l'ambassade de France à Sofia.
"Personne n'a le droit d'abuser de la tradition de relations multi-ethniques tolérantes en France", a souligné le leader d'Euroroma, Tsvetelin Kanchev. "Nous demandons que les délinquants soient traités de manière encore plus stricte, notamment ceux impliqués dans le proxénétisme."
(Le site Euroroma est intéressant à consulter : http://www.euroroma-bg.org)
Dans les pays d’origine de cette communauté, on estime donc la position française tout à fait adaptée.
Allons voir du côté de l’Union Européenne :
Par l’intermédiaire de son porte-parole, Viviane Reding, commissaire européenne chargée de la justice et des droits fondamentaux des citoyens, a déclaré (lemonde.fr) : « La commission n’est ni pour, ni contre les propositions Françaises ».
Impressionnant !
En d’autres termes : dém… vous !
Le moins que l’on puisse dire c’est que la solidarité Européenne joue à plein dans cette affaire.
En accueillant cette population, la France a fait ce que la plupart des autres pays ont refusé de faire.
Lemonde.fr souligne qu’actuellement la Commission Européenne (les lois européennes interdisent les discriminations fondées sur l'appartenance ethnique) a initié des poursuites judiciaires contre douze Etats de l'UE (Belgique, République tchèque, Allemagne, Irlande, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède, Slovénie et Royaume-Uni) pour non-transposition de ces lois.
Non, et là je vais tenir des propos tout à fait « Café du Commerce » : la France ne doit pas prendre en charge de tels problèmes toute seule et Sarko a bien raison !
Pour une fois !
Allez, je vais ouvrir une boîte de sardines « La Belle Iloise ».
Patrick Robert